« 1cm » : Quand chaque petit pas change tout

6–10 minutes
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Session d’enregistrement avec Joanne Theisen et Maxime Toussaint © Gilles Kayser / Lëtzebuerger Journal

Dans les coulisses d’un podcast inclusif avec Maxime Toussaint

« Les personnes en situation de handicap ont des compétences. Le dire c’est une chose mais on l’entend assez. Avec « 1cm », nous avons choisi de le montrer ».

1cm n’est pas qu’un podcast, c’est un projet humain, innovant et accessible. Il explore le quotidien des personnes en situation de handicap au travail — leurs défis, leurs opportunités et leurs réussites. On ne parle pas sur les personnes en situation de handicap, mais avec elles. Selon Maxime, le media peut être un message à lui seul, et celui du podcast 1cm est clair : donner la parole pour transformer les regards.

Retour d’expériences avec Maxime Toussaint, responsable des podcasts au Lëtzebuerger Journal. Il nous raconte les coulisses de « 1cm ».

Dans ce article:

Une idée née d’un premier succès

Pour Maxime, tout commence avec D’Hoffnungsdréier, un premier podcast né d’une immersion d’un an lors des entraînements paralympiques, et jusqu’à l’accompagnement des athlètes à Paris. Les thématiques liées à l’inclusion et au travail trouvent alors un écho fort auprès des lecteurs de Journal.lu. L’envie d’approfondir ces sujets s’impose naturellement.

À l’aide des conseils de Christine Zimmer, directrice d’Info-Handicap – Conseil national des personnes handicapées, l’idée d’un second podcast a progressivement pris forme. L’ambition est de concevoir un projet différent, pensé dès le départ pour générer un véritable impact.

Plutôt que de structurer chaque épisode autour d’un type de handicap, l’équipe a choisi de ne pas mettre l’accent sur le handicap lui-même, pour éviter toute stigmatisation. L’objectif est de partager des parcours de vie, des compétences et des expériences.

Les coulisses

L’idée centrale du podcast est simple : avancer d’à peine 1cm peut tout changer, car si chacun fait ce petit effort, c’est ensemble qu’on transforme les choses. De cette idée est né le titre du podcast : « 1cm ».

Maxime se souvient très bien de la réunion suivante avec Christine « Quand je lui ai présenté le concept, elle avait des étoiles dans les yeux », raconte-t-il. Elle a immédiatement compris l’intention et la portée du projet. « Ces moments-là sont géniaux, ils nous montrent que nous sommes sur la bonne voie. »

Maxime se souvient très bien de la réunion suivante avec Christine

« Quand je lui ai présenté le concept, elle avait des étoiles dans les yeux », raconte-t-il. Elle a immédiatement compris l’intention et la portée du projet. « Ces moments-là sont géniaux, ils nous montrent que nous sommes sur la bonne voie. »

Un appel à participation a été lancé sur les réseaux sociaux. L’équipe a fait ce choix : elle ne souhaitait pas se limiter à inviter ceux et celles qui font déjà la une des journaux. Elle voulait donner la parole à tout le monde, même à ceux qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer.

A partir de là, Maxime conçoit le projet, en assure la production ainsi que le storytelling. Melody Hansen, Christian Block et Misch Pautsch, journalistes au Lëtzebuerger Journal, réalisent les interviews et s’occupent des recherches.

La voix derrière le micro

Puis il faut trouver la voix off, qui reliera l’ensemble, donnera du sens aux histoires images et accompagnera le public tout au long du récit.

Le nom de Joanne Theisen est souvent cité dans les discussions. Maxime nous raconte sa toute première leçon dans cette aventure : « La première fois que j’ai eu Joanne au téléphone, je lui ai présenté tout le projet en un monologue de 5 minutes. Quand j’ai fini, j’ai entendu Joanne prendre une grande inspiration et dire : “OK, alors je vais t’expliquer comment je fonctionne.” » Ce jour-là, elle a expliqué à Maxime quels étaient ses besoins spécifiques, ainsi que ceux des personnes en situation de handicap.

Ce que le public ne sait pas, c’est que Joanne est elle-même concernée par un handicap invisible.

Maxime nous raconte sa toute première leçon dans cette aventure :

« La première fois que j’ai eu Joanne au téléphone, je lui ai présenté tout le projet en un monologue de 5 minutes. Quand j’ai fini, j’ai entendu Joanne prendre une grande inspiration et dire : “OK, alors je vais t’expliquer comment je fonctionne.” »

Tout au long de la série, les auditeurs découvrent une voix posée, précise et assurée. Ils saluent sa clarté, son professionnalisme, sans jamais remettre en question ses compétences. Ce n’est qu’au dernier épisode qu’elle révèle sa réalité, car elle y fait son portrait.

Pour ce dernier épisode, Maxime lui laisse carte blanche. En concluant elle-même le podcast, elle partage un constat fort qui fait écho à tout ce qui a été partagé : un handicap, qu’il soit visible ou invisible, n’efface ni les compétences, ni la détermination, ni la valeur du travail. En se dévoilant en fin de série, elle incarne le message que « 1cm » porte depuis le début.

L’innovation sans la chercher

Dès le départ, l’objectif était de placer l’humain au coeur du podcast et de présenter leurs parcours de façon accessible. C’est cette approche qui donne à « 1cm » un caractère innovant à plusieurs niveaux. Chaque épisode du podcast a été traduit sous forme d’article en langue simplifiée en allemand, en français et en anglais.

Selon Maxime, le podcast ne cherche pas seulement à raconter une histoire. Il a aussi comme ambition de servir d’outil de critique constructive. En abordant certains sujets, l’équipe a mis en lumière des problèmes ou des réalités parfois dérangeantes. Mais avant de porter un jugement, elle s’est posé une question essentielle : « Est-ce qu’on est capables de faire mieux nous-mêmes ? ». Pour elle, il était important de ne pas se contenter de pointer du doigt, il fallait surtout de montrer l’exemple. À travers ce podcast, elle a donc essayé d’incarner les changements et les propositions dont ils parlent.

Cette innovation tient aussi à l’investissement humain. Toute l’équipe du Journal.lu a suivi une formation de sensibilisation sur rencontrer, interagir et communiquer avec les personnes en situation de handicap, proposée par Info-Handicap.

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Joanne Theisen © Lex Kleren / Lëtzebuerger Journal

L’équipe prend le temps : deux heures d’échanges téléphoniques avec certains participants avant même d’enregistrer, une préparation minutieuse des interviews, un suivi attentif de chaque voix. « On n’a jamais vraiment le temps : on décide de le prendre. C’est un choix.
On définit soi-même ses priorités », rappelle Maxime. Le contact direct avec les participants est au coeur de cette démarche. Écouter leur histoire, gagner leur confiance et valoriser leur vécu est essentiel.

Un travail récompensé

Naturellement, cette approche a eu un impact réel. Après chaque épisode, de nombreux auditeurs ont écrit pour partager leur appréciation, donner leur avis, confirmant que le projet touchait vraiment les gens.

Le podcast a rencontré une résonance importante, tant au niveau national qu’international. Le 10 mars 2026, il a remporté un prix dans la catégorie « Communauté en ligne » au Amnesty Mediepräis.

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De gauche à droite :
Jang Kapgen, Joanne Theisen, Christian Block, Maxime Toussaint, Melody Hansen, Lourain Alhalabi et Misch Pautsch lors de la remise de prix Amnesty International Mediepräis
© Gilles Kayser / Lëtzebuerger Journal

Melody Hansen, rédactrice en chef du Lëtzbuerger Journal, explique que ce prix valorise le travail des derniers mois, mais aussi les histoires que les participants leur ont partagées et confiées. Pour elle, ce prix n’est pas seulement une reconnaissance pour l’équipe du podcast, mais aussi pour toutes les personnes qui y ont contribué.
De son côté, Maxime souligne que le plus beau compliment qu’ils aient reçu, c’est que des personnes leur aient partagé leurs histoires, leur permettant ainsi de créer du contenu à partir de ces témoignages.

Écouter avant de décider

Maxime insiste sur un point essentiel : la légitimité ne vient pas uniquement de la volonté ou des bonnes intentions. Il nous explique : « On peut faire les choses aussi bien qu’on le souhaite. Tant que l’on ne sait pas ce que pense la communauté des personnes en situation de handicap, notre compréhension reste incomplète. Ce n’est pas nous qui vivons leur réalité au quotidien ».

C’est pour cette raison que, pour la voix off, Maxime laissait Joanne intervenir librement, par exemple pour corriger un mot ou ajuster un contenu qu’elle jugeait inexact. Il nous dit : « Si elle dit que ça ne va pas, c’est que ça ne va pas. »

Cette approche s’inscrit dans la ligne défendue par Info-Handicap : « Rien sur nous sans nous » Les personnes en situation de handicap sont au coeur de la création du podcast, actrices à part entière de son contenu. L’objectif est de garantir une représentation authentique et inclusive, où chaque voix compte.

En donnant la parole à tous, et pas seulement aux institutions, le podcast met en lumière des parcours et des expériences souvent invisibles, comme ceux de Joanne Theisen, dont la voix posée a guidé les auditeurs jusqu’au dernier épisode. Le projet aborde aussi des sujets parfois difficiles, tout en restant innovant et accessible, pour que chaque voix soit entendue et comprise.

Pour changer les choses, il suffit parfois d’un pas à la fois. Pour Maxime, Joanne et l’équipe, leur podcast est justement ce « 1cm ».

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